Qui sommes-nous

L’Institut Frantz Fanon a été créé par un groupe de chercheurs et d’intervenants engagés en vue d’accompagner les réflexions des acteurs sociaux qui se battent en Afrique et dans le monde arabe mais aussi au sein de l’immigration pour un développement global et solidaire, c’est-à-dire un écodéveloppement qui intègre harmonieusement les dimensions environnementales et humaines mais aussi les dimensions politiques, économiques, sociales et culturelles qui sont inextricablement liées.

Ce n’est pas un hasard ni juste par un simple hommage à la mémoire d’une grande personnalité du mouvement de résistance anti-coloniale que nous avons choisi le nom de Frantz Fanon. Nous pensons que la lutte des peuples arabes et africains pour s’approprier l’espace de la production symbolique, c’est-à-dire avant tout la parole sur soi et le monde, est aussi importante que la lutte en vue de maîtriser les moyens de production des biens et des services nécessaires à la satisfaction des besoins fondamentaux dans la justice et la dignité. A cet égard, Frantz Fanon représente plus qu’un symbole historique. Il s’agit d’un modèle intellectuel dont les travaux gardent une dimension heuristique incontestable qu’il s’agit de poursuivre et de renouveler en vue de repenser les conditions contemporaines de la domination et de la libération à l’échelle mondiale.

Déclaration de principes

1. Il ne saurait y avoir d’écodéveloppement dans des régions minées par des tensions à caractère ethnique et/ou confessionnel que des groupes d’intérêts internes et externes nourrissent pour diviser le corps social et continuer à le soumettre. La prévention et la résolution pacifique des conflits, et la lutte  pour la paix plus généralement, constituent à cet égard un aspect fondamental dans la lutte pour l’écodéveloppement et l’émancipation sociale.

2. L’écodéveloppement qui conditionne la satisfaction des besoins fondamentaux des populations est indubitablement lié à la capacité des sociétés d’imposer une bonne gouvernance à tous les niveaux qui passe par le dépassement des modèles bureaucratiques dominants. Mais la bonne gouvernance ne se confond pas avec les schémas néo-libéraux que des organisations internationales et les Ong qui leur servent d’écran cherchent à commercialiser en Afrique et dans le monde arabe.

3. La mauvaise gouvernance des élites dominantes ne saurait non plus cacher le fait qu’elle se nourrisse de manière perverse des  formes de domination néocoloniale instaurés au lendemain des indépendances et  qui constituent un des principaux facteurs de sous-développement et de conflits dans ces régions. C’est pourquoi la lutte pour la bonne gouvernance ne saurait être détachée de la lutte contre les tentatives consistant à substituer aux anciennes formes de domination néocoloniale de nouvelles formes plus soft au nom des exigences de la mondialisation et de la globalisation.

4. L’écodéveloppement nécessite la participation consciente des populations et des conditions politiques favorables d’où l’importance capitale de l’établissement d’un Etat de droit démocratique. Cependant la transition démocratique dans ces régions  nécessite la plus grande vigilance. Au nom de l’exportation de la démocratie et des droits de l’Homme, des Ong au service des puissances impériales cherchent à remplacer des pouvoirs discrédités par des systèmes plus malléables dans lesquels de nouvelles élites formatées par les écoles occidentales sont chargées de réaliser la nouvelle intégration de ces sociétés au marché globalisé. De la même manière, au nom de la lutte légitime contre l’extrémisme et le terrorisme, les puissances impériales cherchent à renforcer leur présence dans ces régions, en soutenant les forces au pouvoir ou en quête de pouvoir qui leur sont inféodées et en affaiblissant les Etats qui refusent de se soumettre totalement à leurs stratégies.

5. L’ écodéveloppement et l’émancipation sociale ne sont pas des aspirations désincarnées. Il s’agit d’aspirations sociohistoriques concrètes qui émanent de sociétés vivantes porteuses de traditions et de cultures. De la même manière qu’elle ne saurait se réfléchir en dehors des exigences écologiques qui conditionnent l’avenir de l’humanité, l’émancipation sociale ne saurait se réaliser sans la rupture avec les préjugés occidentalo-centristes qui sont eux-mêmes prisonniers d’avatars anthropocentristes nourris par l’idéologie économiste qui demande à être intelligemment déconstruite.

C’est dans ce cadre qu’il faut replacer la nécessaire déconstruction du paradigme du « choc des civilisations » et ses avatars idéologico-stratégiques comme l’islamophobie qui a remplacé dans l’imaginaire politique occidental actuel l’ancienne phobie du communisme. La lutte contre tous les intégrismes religieux doit toujours se rapporter au contenu social et historique concret des mouvements par lesquels les peuples cherchent à se soustraire de la domination et de l’aliénation et qu’il s’agit d’analyser le plus honnêtement et le plus rigoureusement possible pour les prémunir contre les tentations réactionnaires et les manipulations de toutes sortes et pour les accompagner dans leur dynamique d’approfondissement.

Par ailleurs, cette lutte contre les intégrismes religieux ne doit pas faire l’impasse sur cette autre lutte tout aussi capitale contre le néo-intégrisme laïc derrière lequel se cachent de vieilles formes d’exclusion sociale et culturelle et contre les nouvelles « religions séculières » du système mondial que sont l’économisme et l’individualisme. Ces idéologies se sont développées parallèlement à un occidentalisme nourrissant à son tour des postures impériales et néocoloniales qui se drapent d’un universalisme abstrait qu’il s’agit de déconstruire pour permettre l’éclosion d’un nouvel humanisme écologique fondé sur un universalisme concret et inclusif.

Nos activités

Les animateurs de l’Institut Frantz Fanon sont pleinement conscients des difficultés auxquelles se trouve confrontée toute activité alternative surtout si elle ose se frotter au domaine de l’élaboration des idées que les tenants de l’Ordre établi voudraient monopoliser via leurs think tank budgétivores et leurs intellectuels organiques. Nous aurons  donc à compenser la faiblesse de nos ressources par l’engagement et la détermination de nos membres et de nos sympathisants Nous nous donnons un programme réaliste dont la mise en œuvre commencera modestement mais que nous espérons renforcer au fur et à mesure que d’autres énergies viendront se greffer aux nôtres

Les animateurs de l’Institut Frantz Fanon comptent développer une activité multiforme autour des axes d’intervention suivants:

1. Le lancement d’un site internet qui constituera la première interface entre l’Institut et les intervenants qui se reconnaissent au moins partiellement dans une des dimensions de notre activité. Le site internet informera sur nos activités, publiera les résultats de nos recherches et réflexions et mettra à la disposition des lecteurs les travaux et articles qui s’inscrivent dans la perspective que nous nous sommes fixée et que nous souhaitons faire connaître à un public plus large. Le site publiera également les rapports produits par les institutions officielles ou quasi-officielles pour permettre à tous de connaître les perceptions et les desseins stratégiques de ceux qui influencent les prises de décision qui engagent  le monde à long terme.

2. L’organisation de rencontres régulières et de conférences sur des sujets d’actualités en rapport avec les problématiques sur lesquelles travaillent les chercheurs associés à l’Institut.

3. La participation à toute initiative à caractère intellectuel ou social qui s’inscrit totalement ou partiellement dans l’ordre des priorités fixées par l’Institut (analyses des crises et conflits en Afrique et dans le monde arabe, transition démocratique, écodéveloppement. relations nord-sud)

4. Le contact avec toute personne physique et morale qui intervient sur les mêmes problématiques et dont les idées se rapprochent de celles que nous défendons et ce, dans le but de nouer des synergies et de mutualiser les efforts en vue de renforcer les activités de recherche et d’information alternative.

 

Le 24 février 2014

Pour le Comité de direction,

Mohamed Tahar Bensaada

contact@institutfrantzfanon.org

 

 

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